12 mai 2026Penser aux troubles de la coagulation

Ménorragies chez les adolescentes

Les ménorragies, des règles souvent trop abondantes chez les filles et les femmes jeunes, peuvent être le signe d’un trouble de la coagulation. Lors d’une conférence organisée dans le cadre du symposium Gynea, le Dr Alessandra Bosch, médecin-cheffe, hématologie, hôpital universitaire de pédiatrie, Zurich, en a appelé à diagnostiquer et à traiter de manière adéquate et précoce les saignements menstruels abondants.

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Les ménorragies sont une cause fréquente de consultation, touchant environ 15 % des femmes de 30 à 49 ans. Elles ont de nombreuses causes. Chez les adolescentes, elles sont généralement d’origine hormonale, dues à l’immaturité de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Mais des infections, des médicaments ou une grossesse peuvent également en être à l’origine, tout comme des troubles de la coagulation, parmi lesquels figurent certains troubles génétiques.

Dans ce contexte, une étude du Dr Bosch a montré que jusqu’à 16 % des femmes adultes et 39 % des adolescentes ayant des ménorragies ont un trouble de la coagulation. À l’inverse, 90 % des filles et des femmes ayant un trouble de la coagulation avéré ont des saignements utérins anormaux, c’est-à-dire de règles abondantes (1).

La majorité des adolescentes ayant une ménorragie reçoivent un traitement symptomatique de la part de leur gynécologue. Cela retarde le diagnostic des troubles hémorragiques et a des répercussions sur la qualité de vie. Le Dr Bosch en a donc appelé à ce que les saignements menstruels abondants chez les filles et les jeunes femmes soient évalués et traités de manière adéquate à un stade précoce, y compris les symptômes hémorragiques.

Comment définir une menstruation excessive

Par définition, on parle de ménorragie en cas de perte de plus de 80 ml de sang par cycle. L’augmentation des saignements peut être estimée à l’aide de la règle 7:2:1. Selon cette règle, les règles sont considérées comme abondantes lorsqu’elles durent plus de sept jours, que les serviettes hygiéniques ou les tampons doivent être changés au moins toutes les deux heures et que les saignements s’accompagnent de caillots plus gros qu’une pièce de 1 franc.

Dans les études, le score PBAC (Pictorial Blood Assessment Chart) est également privilégié pour quantifier l’intensité des saignements. À l’aide de cet outil, les femmes notent pendant toute la durée de leurs règles le nombre de serviettes hygiéniques ou de tampons dont elles ont besoin par jour, leur degré d’imprégnation de sang et la taille des caillots sanguins expulsés. En cas de suspicion de trouble hémorragique, le score PBQ (The Pediatric Bleeding Questionnaire) et le questionnaire ISTH-BAT (ISTH-SCC, Bleeding Assessment Tool) permettent d’effectuer des examens complémentaires. L’outil PBQ est validé pour le syndrome de von Willebrand chez l’enfant, tandis que le score ISTH-BAT est validé pour le syndrome de von Willebrand, l’hémophilie ou les troubles de la fonction du fibrinogène et des plaquettes de l’adulte. Pour le diagnostic, il faut également tenir compte des antécédents familiaux et d’autres troubles rares associés à la ménorragie (p. ex. télangiectasies, hypermobilité).

Procéder par étapes jusqu’au diagnostic

Dans une étude rétrospective sur 200 adolescentes, un tiers d’entre elles avaient des troubles hémorragiques (2). Parmi celles-ci, 16 % avaient un taux de facteur von Willebrand réduit, 11 % avaient une maladie de von Willebrand et 4,5 % une dysfonction plaquettaire qualitative.
Une approche structurée est nécessaire pour clarifier les saignements menstruels abondants.

Dans la revue Hämostaseologie, l’intervenante a proposé une approche diagnostique structurée pour clarifier la situation (1). L’algorithme prévoit tout d’abord d’évaluer l’intensité des saignements à l’aide de la règle 7:2:1 et du score PBAC. Dans un deuxième temps, on recherchera d’autres symptômes hémorragiques à l’aide d’outils (ISTH-BAT, SelfBAT). Les troisième et quatrième phases comprennent des analyses de laboratoire. Le diagnostic de trouble hémorragique d’origine inconnue est posé lorsque tous les tests et examens se sont révélés négatifs mais qu’une tendance hémorragique significative a été constatée.

Toujours traiter la carence martiale

« Une carence en fer signe souvent la présence d’une ménorragie », a expliqué le Dr Bosch. Les directives pédiatriques ne recommandent pas de supplémentation en cas de carence en fer sans anémie. « Cependant, en cas de ménorragie, ce n’est qu’une question de temps avant qu’une anémie ne se développe », a-t-elle expliqué, recommandant de toujours traiter la carence martiale chez les filles et les femmes jeunes ayant des saignements menstruels trop abondants, même en l’absence d’anémie.

La supplémentation orale fait appel à des préparations à base de fer bivalent et trivalent. « Le fer bivalent est plus efficace, mais le fer trivalent est mieux toléré », a expliqué le Dr Bosch. Elle a conseillé de commencer le traitement par du fer bivalent et, en cas d’intolérance, de passer à une supplémentation en fer trivalent. Le traitement comprend également une alimentation riche en fer. À cet égard, le fer d’origine animale est mieux absorbé par l’organisme que le fer d’origine végétale.

Le traitement des règles abondantes d’origine inconnue comprend l’acide tranexamique ou une hormonothérapie. En cas de règles abondantes, les gynécologues prescrivent généralement une contraception hormonale combinée ou une préparation progestative seule. Les troubles hémorragiques d’origine génétique sont traités en fonction de leur cause et de leur sévérité.