3 sept. 2026Les troubles hormonaux à la puberté freinent la formation osseuse

L’ostéoporose liée à l’âge commence dès la jeunesse

C’est pendant la puberté que se forme la majeure partie de la masse osseuse. Si le processus ostéoanabolique est perturbé, cela peut avoir des conséquences graves. Les déséquilibres hormonaux sont la principale cause des problèmes d’ostéogenèse chez l’adolescent, a expliqué le Dr Heike Hoyer-Kuhn, endocrinologue pédiatrique, diabétologue et ostéologue, clinique universitaire de pédiatrie, Cologne, lors du symposium Gynea.

5830481 Girl with Anorexia Look in Mirror.
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Pendant la ménopause, l’incidence des fractures ostéoporotiques augmente rapidement chez les femmes avec la baisse du taux d’œstrogènes. « Cependant, l’apparition de fractures après la ménopause dépend essentiellement du pic de densité osseuse (Peak-Bone-Mass) accumulé pendant l’adolescence », a expliqué la spécialiste. L’ostéoporose liée à l’âge commence donc, à proprement parler, dès l’adolescence.

Stimuli mécaniques et hormonaux au cœur de la formation osseuse

L’ossification se déroule en trois étapes, à savoir la formation de la substance osseuse par les ostéoblastes à la surface des travées osseuses, l’incorporation de minéraux tels que le calcium et le phosphate, et la restructuration de l’intérieur de l’os par les ostéoclastes. Une perturbation des processus de formation osseuse conduit à l’ostéoporose, tandis que les troubles de la minéralisation entraînent une ostéomalacie. Le choix du traitement dépend du mécanisme qui dysfonctionne. « Si la substance osseuse est insuffisante, l’administration de calcium et de phosphate n’est pas très efficace car les minéraux ne peuvent pas être intégrés », a expliqué le Dr Hoyer-Kuhn. Dans ce cas, des stimuli mécaniques et hormonaux sont nécessaires.

Les stimuli musculaires sont importants dès la période prénatale. En leur absence, les enfants ne peuvent pas développer un système squelettique sain in utero et naissent avec une myopathie. Les prématurés qui passent plusieurs mois en couveuse et ont donc une faible activité musculaire développent dès la couveuse des atteintes squelettiques qui peuvent entraîner des complications jusqu’à la puberté.

Chez l’adolescent, les hormones sexuelles jouent un rôle clé dans la formation osseuse. Sous l’effet de la testostérone, les garçons développent leur pic de masse osseuse grâce aux ostéoblastes, qui structurent les os à partir de l’extérieur. Les œstrogènes jouent un rôle central chez les filles. « Ils inhibent les ostéoclastes et conduisent à la formation intra-osseuse de la réserve osseuse pendant la puberté », a expliqué l’intervenante.

Utilisation du module enfant pour la DEXA

La DEXA (Dual-Energy X-ray Absorptiometry) est un des examens qui permettent de dépister les troubles du métabolisme osseux. Contrairement à ce que l’on croit souvent, celle-ci ne fournit pas d’image tridimensionnelle de la densité, mais uniquement des informations bidimensionnelles sur la densité osseuse superficielle. « Les résultats de la mesure dépendent donc de la taille des patients », a expliqué la spécialiste.

La plupart des appareils de mesure par DEXA sont standardisés pour des femmes adultes de 1,70 mètre, et fournissent donc des résultats de qualité nettement insuffisante chez les adolescents, plus petits et plus sveltes. « Les enfants et les adolescents doivent par conséquent être adressés dans la mesure du possible à un centre équipé d’un module pédiatrique pour mesurer la densité osseuse », a souligné la spécialiste.

Le chaos hormonal multiple lié à l’anorexie

La santé osseuse de l’adolescent anorexique pose un problème majeur. La malnutrition chronique entraîne en effet un déséquilibre hormonal qui provoque un trouble hypothalamique, un hypogonadisme avec carence en œstrogènes. « Contrairement à la situation postménopausale, chez les filles anorexiques, ce n’est pas seulement l’axe gonadotrophique qui est affecté, mais aussi tous les autres axes hormonaux incluant les hormones thyroïdiennes, surrénales et de croissance », a expliqué l’intervenante. Ces multiples troubles endocriniens entraînent notamment une baisse de l’activité des ostéoblastes et, dans la plupart des cas, une perte de masse musculaire, ce qui ne permet pas d’atteindre un pic de masse osseuse optimal et augmente le risque de fracture.

« En raison du chaos hormonal qui s’est installé, les filles anorexiques ont souvent un retard pubertaire, ou, si elles ont déjà eu leurs premières règles, elles développent une aménorrhée hypothalamique secondaire », a expliqué le Dr Hoyer-Kuhn. Le poids est un facteur décisif pour la reprise du cycle. Cependant, le moment où les règles reprennent avec la prise de poids dépend moins du poids actuel que de l’IMC initial (1). « Les filles ayant un IMC plus élevé au moment du diagnostic d’anorexie ont une meilleure chance de retrouver un cycle un an plus tard », a expliqué l’intervenante. Si les règles ne reprennent pas malgré la prise pondérale, il faut vérifier que l’adolescente n’est pas enceinte. En effet, le risque de grossesse non désirée chez les filles anorexiques est deux fois plus élevé après avoir atteint le poids cible qu’avant la prise de poids.

Pour la santé osseuse, le THS transdermique

Le traitement des adolescentes anorexiques est multimodal. En ce qui concerne le traitement hormonal, il faut faire la distinction entre les filles pubères et non pubères. En l’absence de ménarche, une induction classique de la puberté sera effectuée, tandis que les adolescentes ayant une aménorrhée secondaire recevront un traitement hormonal substitutif (THS) transdermique. Contrairement au traitement par pilule combinée orale, le traitement hormonal transdermique a également un effet bénéfique sur la santé osseuse. Il doit être commencé à faible dose et augmenté très progressivement. Un progestatif n’est ajouté que lorsque les règles ont commencé et que la muqueuse utérine s’est développée (à partir du stade B3/B4 de Tanner).

Les filles atteintes du syndrome d’Ullrich-Turner (UTS) tirent également bénéfice d’un THS transdermique en termes de santé osseuse. Celui-ci est également recommandé dans les nouvelles directives internationales sur l’UTS (2). Chez les femmes atteintes d’UTS, le taux de fractures augmente rapidement après la ménopause.