12 août 2026Résistance masculine, délicatesse féminine ?

La question de la douleur selon les spécificités liées au sexe

Hommes et femmes ont souvent leur propre perception de la douleur, ce qui s’explique non seulement par des raisons biologiques, mais aussi psychologiques et sociales. Deux spéciastes se sont exprimées sur les différences sur le plan des neuropathies et des céphalées, ainsi que sur les conséquences sur le plan thérapeutique.

Attraktives Paar mittleren Alters vor rosafarbenem Hintergrund.
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Les femmes souffrent nettement plus souvent de douleurs neuropathiques (8 %) que les hommes (5,7 %), a expliqué le Pr Janne Gierthmühlen, clinique universitaire du Schleswig-Holstein, campus de Kiel, dans son intervention au congrès allemand de la douleur. Dans une étude inlcuant des patients diabétiques de type 1 depuis au moins 50 ans, 42 % des femmes et 27 % des hommes souffraient de polyneuropathie. Dans ce contexte, les femmes semblaient ressentir la douleur de façon plus intense.

Une étude récente menée auprès de patients atteints de diabète de type 2 montre également que les femmes déclaraient plus souvent des douleurs neuropathiques et les évaluaient comme plus intenses que les hommes (7,9 vs 6,8 sur une échelle de 0 à 10). Pourtant, les résultats objectifs, concernant p. ex. la vitesse de conduction nerveuse, étaient en moyenne plus marqués chez les hommes que chez les femmes.

Des indices laissent supposer des mécanismes de douleur différents

Comment expliquer ces différences ? Les données à ce sujet sont fragmentaires. Des expériences menées sur des souris mâles et femelles ont conduit à formuler l’hypothèse selon laquelle le processus primaire de chronicisation de la douleur pourrait varier chez les femmes et les hommes, à savoir une activation des cellules T plutôt que des microglies.

Cela pourrait s’expliquer par l’équilibre hormonal. On sait en tout cas que chez les femmes la sensibilité à la douleur est la plus élevée autour de la période d’ovulation et que la testostérone réduit la perception de la douleur. Dans les douleurs chroniques, on observe soit une diminution de l’inhibition endogène de la douleur, soit une activation accrue. Selon une étude de 2010, les hommes font preuve d’une inhibition de la douleur nettement plus marquée que les femmes, a expliqué la spécialiste.

Il est intéressant de noter que la perception de la douleur n’est pas seulement influencée par le sexe, mais aussi par celui de l’examinateur, selon la spécialiste. Si un sujet masculin est examiné par une femme, il indique une intensité de douleur nettement inférieure à celle indiquée par un examinateur masculin. En revanche, si une femme est examinée par une femme, elle a tendance à indiquer une douleur moins intense qu’elle ne le ferait face à un médecin homme.

Les stéréotypes influencent aussi la perception de la douleur

Une étude de 2019 a également démontré le rôle des stéréotypes liés au sexe. Dans cette étude, le seuil de douleur thermique a d’abord été déterminé chez des sujets masculins en bonne santé. Le test a été répété le deuxième jour, les hommes étant répartis en trois groupes, le premier groupe a été informé que les hommes étaient beaucoup moins sensibles à la douleur, car « autrefois », en tant que chasseurs, ils étaient beaucoup plus exposés aux blessures que les femmes. Pour le deuxième groupe, l’explication avancée était que les femmes pouvaient naturellement supporter un seuil de douleur plus élevé en raison de la résistance acquise à la douleur de l’accouchement. Le troisième groupe n’a été influencé en aucune sorte.

Par rapport au premier jour de l’étude, les participants du premier groupe ont estimé que leur douleur était nettement moins forte. Chez les participants du deuxième groupe, la différence était beaucoup moins marquée. Le troisième groupe se situait à peu près entre ces deux extrêmes.
Le sexe joue également un rôle dans le traitement médicamenteux. Des études montrent que les taux de principes actifs atteints sont généralement nettement plus élevés chez les femmes. Elles ont donc peut-être besoin de doses plus faibles. « Nous pouvons également le confirmer dans notre pratique quotidienne », a expliqué le Pr Gierthmühlen. Cependant, certaines études, par exemple sur l’efficacité des médicaments contre la neuropathie, n’ont pas observé de différences entre les sexes.

Les résultats concernant les taux de principe actif sont contradictoires

La différence entre la perception de la douleur chez les hommes et chez les femmes peut également s’expliquer par des attentes et des croyances liées au sexe, a expliqué Eva Liesering-Latta, psychothérapeute, centre de traitement de la douleur de la Croix-Rouge allemande, Mayence. C’est ce que montre une étude dans laquelle les participants devaient d’abord se classer eux-mêmes en fonction de leur identité sexuelle. Les hommes qui s’identifiaient fortement aux rôles masculins traditionnels présentaient une plus grande tolérance à la douleur que les femmes qui correspondaient au stéréotype féminin classique. En revanche, aucune différence n’a été observée entre les hommes et les femmes qui s’orientaient de façon moins marquée vers ces rôles de sexe traditionnels.

Lorsqu’elles souffrent, les femmes ont tendance à rechercher plus souvent un soutien social et médical que les hommes. Ces derniers ont plutôt tendance à éviter les facteurs déclenchant la douleur ou à détourner leur attention. Lorsque l’origine de la douleur n’est pas claire, les hommes ont tendance à attribuer celle-ci à des circonstances externes (par exemple, les exigences du lieu de travail), tandis que les femmes l’attribuent plus souvent à des causes internes telles que la tension psychologique et le stress. En conséquence, elles sont souvent plus ouvertes à un traitement (complémentaire) psychologique, tandis que les hommes apprécient généralement davantage les thérapies « actives » telles que l’entraînement physique, selon l’intervenante.

Les différents rôles sont également profondément ancrés chez les professionnels de santé. Dans un article passant en revue 77 études, les praticiens décrivent les hommes comme plutôt stoïques, endurants et réticents à parler des causes psychologiques possibles. Les femmes, en revanche, sont souvent perçues comme plus sensibles à la douleur, parfois même comme hystériques, plaintives et peu disposées à aller mieux.

Une tendance à « psychologiser » les symptômes des femmes

Cela a des conséquences sur le traitement, a expliqué la conférencière. Les femmes souffrant de douleurs chroniques rapportent plus souvent que les hommes que les praticiens se méfient de leurs descriptions et/ou psychologisent leurs symptômes. La prise en compte des facteurs liés au sexe – chez l’autre, mais aussi chez soi-même – pourrait donc améliorer le traitement des patients souffrant de douleurs.