25 juil. 2026Les substances psychoactives exercent un attrait particulier.

Pourquoi les adolescents consomment des drogues

À l’âge de 15 ans, 75 % des adolescents en Suisse ont déjà consommé au moins une fois une substance psychoactive, dont l’alcool. Les jeunes prennent certes des drogues pour « s’éclater », mais leur consommation revêt aussi d’autres aspects. Dans son intervention lors de la manifestation « Actualisation des connaissances en pédiatrie » organisée dans le cadre du Forum pour la formation médicale continue (FomF), le Pr Jochen Kindler, directeur médical, psychiatrie infantile et juvénile, Hôpital de Liestal, s’est exprimé sur les causes, les signes avant-coureurs et les approches en cas de problèmes d’addiction en pratique.

Junge Frau rollt einen Joint – Detailaufnahme der Hände beim Drehen einer Cannabiszigarette.
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La consommation de drogues est de plus en plus répandue et commence souvent à l’adolescence, une période où les jeunes sont particulièrement vulnérables. « Cela s’explique par des raisons neurobiologiques », a souligné le spécialiste. Chez les adolescents, le système de récompense du cerveau est déjà fortement développé, tandis que le cortex préfrontal, qui peut inhiber le système mésolimbique dopaminergique, est en retard de développement.

Ce déséquilibre physiologique favorise des comportements à risque qui peuvent se traduire par la consommation de drogues. Comme l’a montré une enquête menée auprès de jeunes de 15 ans par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) en 2022, 23 % des jeunes interrogés avaient consommé de l’alcool au cours des 30 derniers jours dans le but de s’enivrer, 10 % avaient consommé du cannabis et 4 % des médicaments.

Une teneur en THC de plus en plus forte

Ces dernières années, la consommation de cigarettes électroniques, de kétamine, de dérivés nitrés (poppers), de protoxyde d’azote/propane et de solvants a augmenté. En ce qui concerne le cannabis, la teneur croissante en THC des produits, en particulier du haschisch, constitue un problème de plus en plus préoccupant. Les cannabinoïdes synthétiques pulvérisés sur le chanvre CBD sont également source d’inquiétude. « Ils ont une puissance 20 à 100 fois supérieure, agissent plus vite et exposent donc les jeunes à beaucoup plus d’effets secondaires, ceux-ci ignorant généralement que ces cannabinoïdes de synthèse ont été vaporisés », a expliqué le Pr Kindler. Les amphétamines (p. ex. l’ecstasy) sont toujours en bonne place chez les adolescents et les jeunes adultes. La consommation d’alcool, de tabac et de cocaïne s’est quant à elle stabilisée. Les opiacés ne jouent pratiquement aucun rôle chez les jeunes Suisses.

« La consommation de substances a une fonction qui va au-delà de l’euphorie », a souligné le spécialiste. Elle sert notamment aux adolescents à s’intégrer et être acceptés par leurs pairs, à lutter contre le stress et leur anxiété ou à fuir une réalité qui leur pèse trop (évasion). La consommation de drogues à l’adolescence s’accompagne souvent de comorbidités psychiques (p. ex. TDAH, comportements antisociaux).

Nouveau diagnostic CIM : addiction à Internet

L’entrée en vigueur de la CIM-11 en 2026 implique des changements dans la catégorie des addictions. Pour diagnostiquer une addiction, deux des trois critères suivants devront alors être remplis pendant 12 mois :

  • perte de contrôle sur la consommation de substances ;
  • caractéristiques physiologiques (p. ex. symptômes de tolérance ou de sevrage) ;
  • la consommation de substances occupe une place de plus en plus prioritaire.

De plus, le jeune ou son entourage doit souffrir d’une détresse importante.
Avec la CIM-11, la dépendance à Internet fait pour la première fois l’objet d’un diagnostic distinct. Seuls les jeux en ligne sont répertoriés, mais pas les autres formes d’utilisation d’Internet (p. ex. réseaux sociaux, addiction aux achats, jeux d’argent, pornographie). Selon le Pr Kindler, l’utilisation d’Internet peut être considérée comme étant à risque chez 15 % des adolescents, pathologique chez 5 %, et comme ne posant pas de problème chez 80 %.

Le diagnostic est aussi le début de la thérapie

Les addictions peuvent être détectées à un stade précoce grâce à des signes avant-coureurs. Il s’agit notamment d’une baisse des performances, de troubles de la concentration, d’un changement dans la pratique d’activités de loisirs ou de la découverte de différentes préparations de substances. « Ces signes apparaissent également de manière isolée à l’adolescence. Cependant, l’accumulation de plusieurs critères révèle un risque accru d’addiction », a expliqué le Pr Kindler.

Le questionnaire de dépistage validé CRAFFT 2.1 est adapté à la détection des signes avant-coureurs. En cas de risque accru de dépendance, il est recommandé de procéder à une intervention brève (p. ex. intervention brève FRAMES). Les psychiatres pour enfants et adolescents poursuivent ensuite l’évaluation. Outre la consommation de substances, ils se concentrent également sur le contexte de consommation de drogues. « Le diagnostic fournit donc d’emblée des éléments permettant d’entamer une thérapie », a expliqué le Pr Kindler.

Le traitement est multimodal et implique la famille et les établissements scolaires. Il consiste en une combinaison de psychothérapie, de thérapie familiale, de travail socio-éducatif et d’éléments médicaux. L’objectif est de réduire ou d’arrêter la consommation, de favoriser la motivation et l’efficacité personnelle, de développer des alternatives saines et des perspectives de vie, ainsi que de traiter les comorbidités psychiatriques (par exemple, dépression, TDAH, séquelles de traumatismes). Le suivi et la prévention des rechutes constituent d’autres piliers de la thérapie.

Selon le Pr Kindler, l’orientation vers une clinique spécialisée est absolument nécessaire en cas de danger aigu pour soi-même ou pour autrui, de dépendance grave ou de troubles psychiatriques graves supplémentaires. Selon la situation, elle peut également être indiquée en cas de consommation répétée, risquée ou nocive ( ) ou en cas d’échec des mesures ambulatoires (par exemple en raison d’un manque de conscience de la maladie ou d’un manque de soutien social).