Acné : des traitements pour agir sur le microbiome
Une récente étude a analysé le lien entre l’acné vulgaire et le microbiome cutané. Elle ciblait le rôle du microbiome dans le développement de l’acné et l’effet de traitements établis et innovants sur ce même microbiome.

L’acné vulgaire, très répandue, se caractérise par une inflammation des glandes sébacées qui s’abouchent aux follicules pileux. Elle résulte d’une interaction complexe entre la physiologie de la peau et le microbiome cutané. Les traitements actuels contre l’acné sont efficaces mais présentent des limites notables, ce qui a suscité un vif intérêt pour les approches thérapeutiques fondées sur le microbiome.
Une étude du Dr Alicia Podwojniak, Rowan-Virtua School of Osteopathic Medicine, Stratford, et de ses collègues propose une analyse complète de la littérature actuelle pour montrer le lien entre l’acné et le microbiome cutané ainsi que les effets de différents traitements sur la diversité du microbiome. La revue analyse également le rôle à venir des traitements destinés à moduler le microbiome cutané.
Cutibacterium acnes et dysbiose au cœur de la pathogenèse de l’acné
Une recherche dans PubMed et SCOPUS a donné 1830 occurrences, dont 26 articles répondaient aux critères d’inclusion. Huit de ces études ont analysé le rôle du microbiome cutané dans l’acné. Elles ont identifié Cutibacterium acnes, Staphylococcus aureus et Staphylococcus epidermidis comme les principaux responsables de la maladie par prolifération excessive, par commensalisme ou par dysbiose.
C. acnes joue un rôle clé dans la pathogenèse de l’acné. Certains ribotypes (RT4, RT5, RT8, RT10) sont significativement plus fréquents chez les patients acnéiques, tandis que d’autres (RT6) sont associés à une peau saine. S. aureus et S. epidermidis sont également des acteurs importants. Alors que S. epidermidis a en partie un effet commensal, une présence accrue de S. aureus est associée à des processus inflammatoires. La dysbiose se manifeste par une réduction de la diversité alpha dans les lésions inflammatoires, avec des différences d’une zone du corps à l’autre, selon l’âge et la sévérité de l’acné.
Des traitements modulateurs du microbiome cutané
Onze études ont porté sur les traitements actuels de l’acné identifiés comme modulateurs du microbiome cutané. Les principaux résultats ont été les suivants :
- La doxycycline a réduit C. acnes et augmenté la diversité alpha.
- Le peroxyde de benzoyle (BPO) est le seul traitement établi contre l’acné ayant entraîné une baisse constante de la diversité microbienne alpha. Néanmoins, le BPO entraîne une amélioration significative de l’aspect clinique de l’acné. Cela est dû à ses propriétés comédolytiques et kératolytiques modifiant le micro-environnement, déterminant pour la croissance bactérienne.
- L’isotrétinoïne a permis de réduire C. acnes mais a eu des effets incohérents sur les indices de diversité. Des modifications des voies métaboliques bactériennes ont également été observées.
- Dans une étude, l’acide salicylique supramoléculaire a augmenté la diversité et réduit les marqueurs pro-inflammatoires.
- La thérapie photodynamique par l’acide 5-aminolévulinique (ALA-PDT) a entraîné des modifications dans la composition du microbiome (diminution de Corynebacterium et Cutibacterium) et, dans certains cas, une diversité accrue.
Vers des approches personnalisées
Sept études ont analysé de nouvelles thérapies qui contribuent à améliorer l’acné en modulant la dysbiose, les marqueurs inflammatoires et les indices de diversité. Les préparations probiotiques contenant Lactobacillus plantarum, Enterococcus fæcalis ou des souches de C. acnes non acnéiques ont donné des résultats prometteurs. Elles ont réduit l’inflammation, influencé favorablement le rapport entre les germes pathogènes et commensaux et entraîné une diminution clinique des lésions.
Des principes actifs végétaux, tels que ceux issus du Rhodomyrtus tomentosa, ainsi que de nouveaux dérivés protéiques tels que les dendrimères poly-L-lysine se sont également révélés comme des modulateurs potentiels de la flore cutanée. Les conclusions de cette analyse suggèrent qu’un effet ciblé sur le microbiome cutané pourrait améliorer les stratégies thérapeutiques de l’acné et offrir de nouvelles perspectives de traitement grâce à des approches thérapeutiques personnalisées.
Podwojniak A et al. J Eur Acad Dermatol Venerol. 2025; 39(4): 793-805. doi: 10.1111/jdv.20332.
