23 avr. 2026Au-delà du biologique

Le rôle du sexe et du genre en dermatologie

Une revue systématique a évalué l’influence du sexe sur l’évolution et les résultats du traitement des maladies cutanées inflammatoires en prenant comme exemple le psoriasis et l’arthrite psoriasique.

Dermatologische Konsultation bei einer Patientin – Beratung und Therapieentscheidung im Praxisalltag.
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Le sexe biologique (en anglais :  sex), qui fait référence aux caractéristiques physiques d’une personne à la naissance, et le genre social (en anglais : gender), qui englobe l’identité, les formes d’expression et les rôles sociaux d’une personne, sont autant d’éléments qui conditionnent les différents aspects d’une maladie.

En dermatologie, ces éléments concernent notamment la prévalence, la sévérité, la décision thérapeutique, le taux de réponse et les effets indésirables, mais aussi l’adhésion et l’observance thérapeutiques ainsi que les répercussions psychologiques. Cette revue devait recenser de manière systématique dans quelle mesure les différences liées au sexe sont documentées dans les études cliniques et quelles en sont les conséquences diagnostiques et thérapeutiques.

La majorité des études évaluées étaient des études observationnelles rétrospectives non interventionnelles (65,1 %) et des études observationnelles prospectives (21,7 %), mais il y avait aussi quelques études transversales et des études contrôlées randomisées.

Les femmes utilisent plus de traitements topiques

Les différences liées au sexe ont été illustrées par l’exemple du psoriasis et de l’arthrite psoriasique. Au total, 49 études ont tenu compte des différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le psoriasis (arthrite). Les thèmes suivants ont été abordés :

  • Choix du traitement :  les femmes se sont plus souvent vu prescrire des traitements topiques, les hommes des traitements systémiques. Les femmes ont reçu un peu plus souvent des traitements conventionnels, les hommes un peu plus souvent des traitements biologiques.
  • Initiation du traitement :  chez les femmes, on a observé un retard dans l’initiation du traitement par les b-DMARDs (médicaments biologiques modificateurs de la maladie).
  • Réponse thérapeutique :  le sexe féminin constituait un facteur prédictif négatif de réponse aux traitements conventionnels tels que le méthotrexate. En ce qui concerne l’indice PASI (Psoriasis Area and Severity Index [zone atteinte et sévérité du psoriasis], et l’indice de qualité de vie en dermatologie (DLQI), les hommes ont tiré un meilleur bénéfice des anti-TNF que les femmes. Les hommes ont également eu de meilleures réponses à différents traitements biologiques. Dans la dermatite atopique, il est intéressant de noter que le sexe féminin constitue un facteur prédictif positif de réponse au dupilumab.
  • Adhésion et observance thérapeutiques :  les femmes s’avèrent plus observantes pour l’application de traitements topiques contre le psoriasis, bien que cela soit moins marqué pour les anti-TNF et les produits biologiques.
  • Effets indésirables :  les femmes ont plus souvent des effets indésirables médicamenteux que les hommes. Cela vaut aussi bien pour les traitements topiques que pour les traitements systémiques conventionnels et biologiques.
  • Attentes à l’égard des traitements : contrairement aux hommes, les femmes accordaient surtout de l’importance à la réduction des états dépressifs, à un sommeil plus récupérateur et à un gain de performances au quotidien.

Retard thérapeutique chez les femmes

Le fait que les femmes aient tendance à recevoir plus tardivement des traitements topiques et systémiques pourrait s’expliquer par le fait que le psoriasis se manifeste souvent pour la première fois pendant la période reproductive. La réticence à prendre des médicaments pourrait s’expliquer par le fait que de nombreuses substances sont contre-indiquées pendant la grossesse ou ne sont pas autorisées chez la femme enceinte.

Dans ce contexte, il s’agit de veiller à mieux informer les patientes et le corps médical d’une part, et d’intensifier les travaux de recherche pour déterminer quels médicaments peuvent être administrés sans risque pendant la grossesse et l’allaitement d’autre part.

Des traitements non adaptés à un poids corporel plus faible

Chez la femme, l’immunogénicité accrue et les hormones sexuelles pourraient également jouer un rôle. En effet, cet environnement biologique peut entraîner la formation d’anticorps anti-TNF, altérer le métabolisme des médicaments anti-TNF et influencer l’efficacité et la tolérance médicamenteuses. En outre, les femmes porteuses de maladies chroniques présentent plus souvent des états dépressifs ou anxieux, ce qui augmente le risque de douleurs chroniques, de perception plus négative de la maladie et de stratégies d’adaptation moins efficaces. Enfin, le fait que le traitement ne soit pas adapté au poids corporel par principe inférieur des femmes joue également un rôle dans la survenue d’effets indésirables.

De nombreuses différences, notamment les effets des médicaments et les événements indésirables, dépendent du sexe biologique. En outre, un grand nombre de différences, telles que les préférences en matière de traitement et le degré de satisfaction, peuvent être attribuées au genre social. Certaines différences, telles que l’observance thérapeutique, résultent probablement de l’influence combinée du sexe biologique et du genre social. À ce jour, le sexe biologique (sex) et le genre social (gender) sont toutefois toujours considérés et utilisés comme une seule et même entité.

Si le temps n’est peut-être pas encore venu de formuler de nouvelles directives, il est en tout cas temps d’évaluer les résultats de chaque étude clinique en tenant compte du sexe biologique et du genre social, selon les auteurs. « Et, oui, le temps viendra où il faudra formuler nouvelles directives. »