21 janv. 2026Tendances épidémiologiques, mesures préventives et approche thérapeutique

Recrudescence de la rougeole : l’échec vaccinal collectif en cause

En raison de la baisse croissante de la couverture vaccinale dans la population, le virus de la rougeole s’est fortement propagé ces dernières années. Le nombre de cas est actuellement en augmentation dans toutes les régions couvertes par l’OMS. Pour atteindre l’immunité collective, il faut un taux de couverture vaccinale d’au moins 95 %.

sad little boy is sick with rubella, lies on a hospital bed covered with spots
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Avec un taux de reproduction de base compris entre 12 et 18 par cas, la rougeole est une infection extrêmement contagieuse. Les symptômes typiques de la phase prodromique, qui dure deux à quatre jours, sont la toux, le rhume et la conjonctivite.

De plus, les taches de Koplik, de petites taches blanches et bleu-grisâtres un peu en relief sur un fond érythémateux, sont pathognomonique de la rougeole et peuvent apparaître sur la muqueuse buccale pendant cette phase, rapportent le Dr Lien Anh Ha Do et le Pr Kim Mulholland, Murdoch Children’s Research Institute, Melbourne. L’exanthème typique de la rougeole se développe ensuite, accompagné d’une augmentation de la fièvre. Les taches cutanées apparaissent généralement sur le visage, puis s’étendent à d’autres parties du corps. La personne infectée est contagieuse environ quatre jours avant et quatre jours après l’apparition de l’exanthème rougeoleux.

Une vulnérabilité aux infections secondaires

Près d’une personne sur trois développe des complications telles que diarrhées, pneumonie et otite moyenne. Celles-ci peuvent également survenir longtemps après la guérison de la rougeole. Les enfants carencés en vitamine A sont plus à risque de développer des complications tardives sous forme d’ulcérations cornéennes sévères, qui peuvent entraîner la cécité. Une amnésie immunitaire temporaire rend les patients atteints de rougeole vulnérables pendant une longue période aux infections secondaires telles que les pneumonies. Cela s’explique par une déplétion des cellules B et des cellules T mémoires provoquée par le virus de la rougeole.

Bien que rares, des infections peuvent même survenir chez des personnes ayant reçu une vaccination complète. Il y a à cela deux explications potentielles :  d’une part, cela peut être dû à une séroconversion insuffisante après la vaccination et, d’autre part, cela peut être dû à une perte d’immunité secondaire à une baisse du taux d’anticorps. Ces infections sont cliniquement plus bénignes et les patients atteints sont moins contagieux. Par contre, l’immunodéficience ou la malnutrition prédisposent à une évolution sévère, parfois fatale, de l’infection par la rougeole.
Des vaccins antirougeoleux atténués efficaces et sûrs sont disponibles dans le monde entier. Ils sont administrés soit seuls, soit en association à un vaccin contre les oreillons et la rubéole (avec ou sans vaccin supplémentaire contre la varicelle).

L’âge recommandé pour la première vaccination varie

Dans les pays où la rougeole a été éliminée, la première dose est administrée entre 12 et 18 mois pour obtenir une immunogénicité maximale. Dans les pays où la rougeole est endémique, la première vaccination est effectuée à l’âge de neuf mois. Tous les enfants doivent recevoir une deuxième dose au moins quatre semaines après la première. Chez les nouveau-nés, la protection conférée par les anticorps maternels diminue à l’âge de trois à quatre mois, ce qui augmente le risque d’infection. Des études sur l’efficacité et la sécurité des vaccinations anticipées contre la rougeole sont nécessaires de toute urgence.

D’autres vaccinations de rappel sont actuellement à l’étude car les titres d’anticorps diminuent dans la population. Certaines épidémies de rougeole peuvent certainement être attribuées à un échec secondaire de la vaccination. Cependant, des essais avec une troisième dose ont montré que l’effet de rappel sur le titre d’anticorps s’estompe rapidement.

Après un creux historique, la principale cause de l’augmentation spectaculaire des infections par la rougeole à l’échelle mondiale reste la vaccination insuffisante. Afin d’atteindre l’immunité collective, un taux de couverture vaccinale ≥ 95 % dans la population est nécessaire.

Pour les personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées, il existe une option de prophylaxie postexposition. Pour cela, on administre soit un vaccin antirougeoleux dans les 72 heures suivant le contact, soit – en cas de contre-indication p. ex. – une immunoglobuline humaine dans les six jours. Selon une méta-analyse, l’efficacité protectrice du vaccin est de 83 % à 100 %, celle de l’immunoglobuline de 76 % à 100 %.

Une fois la rougeole déclarée, il n’existe aucun traitement antiviral. Le patient devra être isolée rapidement et de systématiquement afin de protéger d’autres personnes contre la contagion.

Réduire la mortalité infantile par la vitamine A

De grandes études randomisées ont montré que dans les pays pauvres l’administration de vitamine A peut réduire jusqu’à 50 % la mortalité pédiatrique due à la rougeole avant l’âge de cinq ans. La carence en vitamine A y est très répandue chez les enfants. Les enfants devraient par conséquent recevoir une supplémentation en vitamine A en cas de rougeole.

Dans les pays à hauts revenus, où la carence en vitamine A est rare, les données disponibles ne sont pas suffisantes pour recommander une supplémentation générale en cas d’infection par la rougeole. En effet, un excès de vitamine A peut avoir des effets toxiques, en particulier chez l’enfant. L’OMS recommande l’administration de vitamine A aux enfants atteints d’une forme sévère de la maladie, à une posologie adaptée à l’âge, pendant deux jours. Contrairement à ce que certains pensent, la vitamine A ne prévient aucunement l’infection par la rougeole.